Nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) : de quoi s’agit-il ?

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Le Gouvernement français a dévoilé, le 13 février 2026, la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) et son annexe la Stratégie de développement des mobilités propres (SDMP). Ces documents présentent la politique énergétique de la France pour répondre aux enjeux de consommation et de production d’énergie sur la période 2026-2035. Au sein de la rédaction de Bâtiment et Energie, nous ne prenons pas partie sur ce plan énergétique. Nous ne disons pas « c’est une bonne politique » ou « c’est une mauvaise politique » ; nous ne faisons que rapporter des faits sous la forme d’un compte-rendu.
Selon le Gouvernement, la préparation de la PPE 3 est le résultat de cinq années d’études et de concertations avec des experts, des énergéticiens, des filières, des consommateurs, des associations, et de travaux techniques approfondis. Cette nouvelle édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie fixe plusieurs priorités :
- Assurer l’indépendance énergétique de la France.
- Rendre l’énergie accessible pour les Français et les entreprises françaises, à des prix « maîtrisés, compétitifs et abordables ».
- Décarboner le mix énergétique national.
- Permettre l’accès à des mobilités bas carbone, pour les voyageurs et les marchandises, sur l’ensemble du territoire.
L’Etat a présenté ses objectifs, partagés avec l’Union européenne :
- Sortir du charbon d’ici à 2030, du pétrole à l’horizon 2045 et du gaz à horizon 2050.
- Réduire de 50 % la consommation totale d’énergie en 2050 par rapport à 2012.
- Atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et s’assurer de son maintien au-delà.
- Intégrer un objectif de réduction de l’empreinte carbone de la France.
La PPE3 souhaite porter la production électrique décarbonée entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023, tout en réduisant la consommation d’énergies fossiles à environ 330 TWh en 2035, contre 900 TWh en 2023. « Cette trajectoire permettra d’inverser la structure de la consommation énergétique du pays, avec 60 % d’énergie décarbonée dès 2030 et 70 % en 2035 », explique le Gouvernement, qui estime que la réussite de cette trajectoire repose également sur une électrification massive des usages, avec une demande estimée à 618 TWh en 2035. Un plan national d’électrification devrait être lancé en février 2026 afin d’accompagner le secteur du bâtiment, mais aussi de l’industrie, des mobilités et du numérique.
La stratégie retenue pour la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3)
La stratégie du Gouvernement repose sur deux axes : réduire la consommation des énergies fossiles importées en s’orientant vers plus d’efficacité (rénovations des bâtiments, utilisation d’équipements moins énergivores) et plus de sobriété (baisse du chauffage, trajets réalisés en train en transport en commun, en covoiturage ou en vélo), et développer un mix énergétique « équilibré » associant nucléaire et énergies renouvelables.
- Nucléaire : Construction de six EPR2 pour de premières mises en service dès 2038, avec une option pour huit EPR2 supplémentaires, consolidation et prolongation des 57 réacteurs existants, et optimisation du parc visant une production de 380 TWh/An dès 2030.
- Eolien en mer : Atteindre 15 GW de puissance mise en service en 2035.
- Eolien terrestre : le Gouvernement privilégiera la remotorisation de parcs existants pour augmenter leur puissance et réduire l’impact paysager, avec une cible de 31 GW en 2030, 35-40 GW en 2035, contre environ 24 GW en 2025.
- Photovoltaïque : Multiplier par trois la puissance installée à l’horizon 2035. La PPE 3 fixe une évolution du photovoltaïque avec une cible de 48 GW en 2030 et 55-80 GW en 2035, contre près de 30 GW en 2025.
- Hydroélectricité : Renforcement avec une augmentation de 2,8 GW des capacités de barrages (soit +11 %), dont 640 MW supplémentaires sur les concessions existantes.
- Hydrogène : Jusqu’à 8 GW de capacités d’électrolyseurs déployées en 2035.
- Biométhane : Multiplier par six la production d’ici 2035. Le biométhane passera de 9 TWh à 47-82 TWh.
- Biocarburants : Doubler le volume de biocarburant consommé entre 2023 et 2035. Les biocarburants passeront de 38 TWh à 70-90 TWh.
- Chaleur renouvelable et de récupération : Remplacer progressivement la chaleur consommée d’origine fossile par de la chaleur renouvelable et de récupération, en multipliant celle-ci par deux entre 2022 et 2035. La chaleur renouvelable et de récupération passera de 172 TWh en 2023 à 328-421 TWh en 2035.
- Réseaux de chaleur : Multiplier par deux à trois l’énergie fournie par les réseaux de chaleur d’ici 2035 avec une part d’énergies renouvelables et de récupération atteignant 80 %.
D’après le Gouvernement, la mise en œuvre de la PPE 3 générera plus de 120 000 emplois supplémentaires à horizon 2030, notamment dans le nucléaire, le photovoltaïque et l’éolien en mer. Elle contribuera également à réduire les importations d’énergies fossiles, qui représentent aujourd’hui près de 60 milliards d’euros par an.
Trois questions au Gouvernement
Question : Dans le cadre de la PPE, ma facture d’électricité va-t-elle exploser ?
Réponse du Gouvernement : « Non. L’objectif de la PPE est de maintenir les prix de l’énergie stables et abordables. Elle a été conçue pour protéger le pouvoir d’achat des Français et les charges des entreprises. Produire notre énergie en France nous permet de garantir des prix compétitifs et résilients sur le long-terme, basés sur nos coûts de production réels, pour ne pas subir les crises géopolitiques mondiales. »
Question : Est-ce qu’on développe les énergies renouvelables au détriment du nucléaire ?
Réponse du Gouvernement : « Non, pour réussir à sortir des hydrocarbures, nous avons besoin de toutes nos forces. Le nucléaire reste un pilier central avec un programme de relance ambitieux. Les énergies renouvelables électriques (éolien, solaire) sont indispensables pour répondre rapidement à la hausse de la demande d’électricité, car elles se déploient plus vite. Elles sont aussi créatrices de filières industrielles locales. »
Question : Est-ce que des éoliennes vont être installées en face de chez moi ? Des champs d’éoliennes couvrir nos campagnes ?
Réponse du Gouvernement : « La politique portée par la PPE s’appuie sur le parc existant. Elle privilégie ce qui s’appelle le “repowering” il s’agit de remplacer les éoliennes existantes par des turbines plus puissantes et parfois moins nombreuses, tout en maintenant un haut niveau d’exigence sur les nouveaux projets. »
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